samedi 8 décembre 2007
L'email et le paraverbal : les émoticons (smileys)
Par Frédéric, samedi 8 décembre 2007 à 11:08 :: Communication et Internet
Vous recevez ce message par email alors que vous annonciez à votre interlocuteur une information vraiment amusante. Forcement, vous êtes passablement surpris. Vous ne comprenez pas pourquoi il est aussi agressif.
Il s'avère que votre correspondant faisait juste une pointe d'ironie. Mais il s'est exprimé à l'écrit comme à l'oral. Se faisant, il vous prive d'un pan entier de sa pensée, qui s'exprime à l'oral par le ton et la posture : le paraverbal.
Le paraverbal, c'est pas paranormal, c'est vital.
Un bref rappel sur quelques fondements de la communication. Pour faire très court, un message est exprimé par un émetteur. Il est véhiculé par un média et interprété par le récepteur. On le voit, pour que la pensée d'un individu intègre la pensée d'un deuxième individu, elle doit subir un minimum de 2 traductions (coté émetteur et coté récepteur), dépendant du média utilisé.
Le premier individu va choisir le média pour véhiculer son message. En fonction il va traduire sa pensée en signes véhiculables par ce média. Dans le cas d'une conversation orale, il va évidement utiliser les mots issus d'un idiome supposé maîtrisé par son interlocuteur. Ca, vous y avez pensé spontanément. A y regarder de plus près, il va mobiliser aussi tout un tas d'autres signes qui vont avoir et une signification en propre, et valeur de marqueur d'acception des mots prononcés. C'est ce que l'on appelle le paraverbal. C'est tout ce qui accompagne un message utilisant le verbe, les mots, et qui en donne le sens, l'intention.
Nous utilisons couramment le paraverbal sans y penser. Cela simplifie grandement la traduction verbale d'une idée. Ainsi, dans un vieux couple dont les membres ne s'adressent plus que quelques mots, nous remarquerons un paraverbal très intégré. Il devient tellement bien compris par les acteurs, qu'il est de plus en plus subtil, et de plus en plus significatif. Les mots sont moins nécessaires. Un tiers qui assiste à cette conversation et qui n'a pas accès à toute la subtilité du paraverbal acquis pendant des années par ce couple, ne se rend pas compte de toute la profondeur des quelques mots échangés.
A l'inverse, un paraverbal mal maîtrisé et c'est le quiproquo assuré !
La culture épistolaire
Une relation épistolaire est une relation qui s'établi par écrit, par courrier... En souvenir des difficiles heures passées à faire mes rédactions (ou compositions écrites), des ziguiguis rouges qui constellaient ma copie avec la mention lapidaire "mal dit", j'affirme que sa maîtrise relève du travail plus que du seul talent. Avec une portion de temps, d'expérience et d'échange, cela devient une culture.
Face à une page blanche, comment exprimer de façon claire à un correspondant l'intention réelle de son message, le sens profond de ses mots ? Le véhicule est une feuille de papier pliée dans une enveloppe timbrée, ou tassée perdue dans un volume relié. Ajoutez à cela que vous rédigez sur un traitement de texte pour supprimer parfaitement toute trahison des modulations de votre graphie.
Et bien, pour la plus part d'entre nous, nous avons recourt aux figures de style : métaphores, antonomases et autres hyperboles. De la poésie dites-vous ? Absolument pas ! un système nécessaire pour se faire comprendre. Cela devient de l'art quand c'est fait avec un vrai talent.
Dans un milieu professionnel, nous croulons sous les messages écrits. Pour la plupart, c'est ce que j'appelle de la "littérature grise". La feuille blanche maculée de signes noirs devient grise. Même si le texte est composé, l'objectif est de livrer des données factuelles. Le JE et le VOUS sont des homo œconomicus ou ergaster. Le "Je pense" est une analyse, pas un sentiment. C'est justement quand on doit exprimer des conclusions qui font appel aux sentiments, au feeling, que les choses se compliquent considérablement dans l'entreprise.
Mais qu'est-ce qu'il dit ?!!!
L'email, un face à face écrit
L'email, ça va vite et ça laisse des traces. Le rêve de la communication dans une organisation.
Comme ça va vite, nous pensons que ça doit s'écrire vite.
Comme nous les écrivons vite, nous allons à l'essentiel et faisons court.
Nous faisons court donc succinct.
Nous faisons succinct pour chacun donc nous en écrivons à beaucoup de monde et à tous propos.
Et comme nous faisons tous pareil, nous en recevons beaucoup.
Comme nous en recevons beaucoup, nous les lisons vite...
et tout se bouscule ! Plus le temps de faire de mise en perspectives. Le jonglage est permanant, nous réceptionnons les messages des uns avec les filtres des autres. Nous lisons un message de la veille avec l'humeur du matin ! Grand fatras ! Prise de bec ! et fâcherie... un quiproquo planétaire. Guerre mondiale programmée.
Ce qui se passe en réalité, c'est que nous faisons l'économie du paraverbal dans nos emails. La facilité de rédaction et d'expédition et la réponse potentiellement immédiate nous font naturellement utiliser les réflexes de la communication en face à face. Sur nos rédactions, nous avons bien compris l'intérêt des signes de ponctuation. Les ... fleurissent à chaque ligne. Bref, nous rassurons notre interlocuteur, nous avons une idée derrière la tête ! Oui, mais laquelle ?
Une antonomase, une métaphore, ça ne se rédige pas comme ça en un coup de cuillère à pot ! En plus, comment être certain de l'effet produit ? ... impossible pour l'email. Ah, comme on regrette alors le clin d'oeil complice, le sourire qui accompagne l'ironie ou la farce, le rouge aux joues pour la contrition, le froncement de sourcil de mise en garde ou de colère...
Le smiley, ou émoticon, prix Nobel de la paix !
Smiley : ce rond jaune, avec une tête à toto qui souri (le verbe anglais "to smile" se traduit par "sourire"), apparut dans les années 80
Emoticon est un mot valise composé de "émotion" et "icône". C'est donc un signe qui permet d'exprimer une émotion. Cette émotion est la clef pour que notre interlocuteur comprenne le cadre du message que nous lui transmettons. Alléluia, le paraverbal est de retour dans l'email !
Vous rédigez des messages par email ? Utilisez les émoticons ! Ce n'est pas un abus de fainéantise, ni une mise à distance générationnelle ! C'est un outil nécessaire à la compréhension de vos messages !
L'émoticon le plus connu est celui ci
":-)"
":" pour les yeux, "-" pour le nez, ")" pour la bouche. Et voilà un joli visage avec une expression d'humeur pour accompagner votre message.
" :-))) Mais qu'est-ce que tu me chantes là ! tu me prends pour un lapin de 6 semaines... ;-)"
:-))) = ton message me fait beaucoup rire, mais vraiment beaucoup.
";-)" = c'est tellement gros, qu'on n'y crois pas ! ironie complice.
Pour plus de détails sur les émoticons, rendez-vous sur wikipedia. J'y ai beaucoup apprécié la distinction entre émoticons occidentales et orientales.

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Commentaires
1. Le samedi 8 décembre 2007 à 20:21, par Iluvalar
2. Le lundi 10 décembre 2007 à 16:07, par Bruno
3. Le mercredi 14 mai 2008 à 12:32, par khedrik
4. Le mercredi 11 février 2009 à 17:26, par Onion Head
5. Le lundi 13 juillet 2009 à 17:36, par Frédéric
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